Israël Adam Shamir

Israel_ShamirNationalité : Russie
Né(e) à : Novossibirsk , 1947
Israël Adam Shamir est juif israélien d’origine russe convertit au Christianisme orthodoxe. Ecrivain et journaliste controversé, farouche opposant au sionisme, il lutte avec courage pour faire entendre la voix des Israéliens qui refusent l’effroyable logique dans laquelle se fourvoient ses gouvernements successifs et croit fermement à la coexistence pacifique des différentes communautés sur la terre de Palestine.

Originaire de Novossibirsk en Sibérie, il s’établit en Israël en 1969 ; il a participé aux combats de la guerre de 1973 ; mais en parcourant la Palestine en tant que journaliste, il a découvert l’absurdité criminelle du projet d un Etat Juif. Converti au christianisme, il choisit Adam pour nom de baptême. Traducteur de Joyce, d Homère, du prix Nobel israélien S. Y. Agnon, et du géographe du XVème siècle Abraham Zacuto, il a également publié en français une monumentale et très personnelle histoire de la Palestine, des origines jusqu à nos jours, sous le titre Le Pin et l’Olivier (éd. BookSurge, 2007). Il a été le pionnier du projet d un seul Etat pour tous en Palestine-Israël.

 


L’autre visage d’Israël

lautre visage disraelCe livre nous donne une autre vision d’Israël : les élites fuient le pays ; la récession économique est permanente ; de nouveaux arrivants juifs s’isolent et s’éloignent du vrai judaïsme ; des rabbins haineux tournent le dos à la foi La Palestine est perçue comme un modèle réduit du monde. Des forces en jeu visent l’élimination de la population, la dévastation de ses ressources naturelles avec le soutien appuyé et aveugle des États-Unis. Les articles d’Israël Shamir constituent une tentative courageuse pour forger de nouveaux concepts. Tout en visant la libération de son pays, l’auteur espère contribuer aussi à la libération du discours public.

Plus que jamais, la question palestinienne et son corollaire, l’avenir d’Israël, déchire le Proche-Orient et divise profondément la communauté internationale et la société française. La seconde Intifada est bien plus qu’un conflit local, c’est la pièce centrale d’un combat d’idées, d’une vision du monde. Les victimes d’hier peuvent-elles devenir les bourreaux d’aujourd’hui ? N’y a-t-il pas de la part du sionisme une volonté d’hégémonie et peu importe le prix à payer pour v parvenir. Les articles d’Israël Shamir nous donnent une autre vision d’Israël : les élites fuient le pays ; la récession économique est permanente ; de nouveaux arrivants juifs s’isolent et s’éloignent du vrai judaïsme ; des rabbins haineux tournent le dos à la foi pour assouvir leurs rêves de domination mondiale… Dans ces articles, la Palestine est perçue comme un modèle réduit du monde. Des forces en jeu visent l’élimination de la population, la destruction de ses églises et mosquées, la dévastation de ses ressources naturelles avec le soutien appuyé et aveugle des Etats-Unis. Mais a contrario, des forces matérielles et spirituelles, nouvelles et anciennes s’y opposent, et elles font s’engager les meilleurs hommes et femmes vers la bataille pour la Palestine. Les articles d’Israël Shamir constituent une tentative courageuse pour forger de nouveaux concepts. Tout en visant la libération de son pays, l’auteur espère contribuer aussi à la libération du discours public. Si la bataille de la Palestine était perdue, la chute de la Terre Sainte créerait un point de non-retour pour l’humanité et signifierait l’asservissement total de l’homme par les forces de la domination

  • [Non disponible en PDF]

 


Entretien avec Israël Adam Shamir,
juif israélien puis chrétien palestinien

par Maria Poumier

Israël Adam Shamir, vous êtes un combattant par la plume. Pourquoi ces deux prénoms ?

Israël Adam Shamir – Quand je suis né ma mère, comme toutes les mères, voulait faire de moi le nouvel  » Israël « , le  » premier homme véritablement homme  » à l’échelle de son horizon spirituel. Adam est mon nom de baptême chrétien, et c’est la transposition du même rêve, à l’échelle de l’humanité.

 

Quelles sont les étapes de votre découverte du christianisme ? Je suppose que ce sont des auteurs chrétiens qui vous ont amené à la conversion ?

Israël Adam Shamir – Ma critique du sionisme et du judaïsme s’est approfondie au fur et à mesure que l’État d’Israël révélait sa nature catastrophique. Il est arrivé un moment où j’ai compris que si je voulais rejoindre sans aucune réticence le camp de l’humanité, il fallait que je franchisse le pas. Mais je n’avais aucune culture chrétienne, comme les Soviétiques en général. C’est par révélation que je me suis retrouvé chrétien, à 53 ans.

 

Mais n’avez-vous pas été un sioniste convaincu dans votre jeunesse ? D’ailleurs, avant 2001, vous étiez connu seulement comme journaliste spécialisé dans les questions internationales, non pour votre spiritualité. De quand date ce virage ?

Israël Adam Shamir – Oui, j’avais choisi de quitter la Russie dans l’adolescence, car je cherchais une cause juste à défendre, ce qui m’a amené en Israël. J’ai combattu dans l’armée israélienne dans la guerre de 1973.. Puis j’ai exercé le journalisme principalement en Russie, au Japon et en Angleterre. C’est le début de la deuxième Intifada qui m’a obligé à m’engager corps et âme, l’infamie de l’État hébreu m’a plongé dans un état d’urgence.

 

Vous appartenez donc à la lignée des penseurs d’origine juive qui va de Saint Paul à Simone Weil en passant par Bernard Lazare et Isaac Deutscher ?

Israël Adam Shamir – Ce sont pour moi de grands penseurs. Je vous rappelle que Saint Jean de la Croix aussi avait une formation familiale juive. Saint Paul est le plus grand bâtisseur, précisément parce qu’il savait à quels ennemis il avait affaire, et qu’il a su déjouer leurs pièges !

 

L’Autre visage d’Israël, ce titre signifie-t-il que l’État d’Israël a deux faces, l’une d’ombre et l’autre de lumière ?

Israël Adam Shamir – Certainement pas ; l’État d’Israël est une monstruosité juridique qui n’a aucun avenir. Il s’agit pour moi de démanteler l’appareillage idéologique qui vous fait imaginer autre chose. Mais vous avez le droit de dire que mes lecteurs et moi représentons un autre pôle, une humanité en résurrection, ce que la langue des hébreux appelait Israël.

 

Et le sous-titre Fleurs de Galilée ?

Israël Adam Shamir – Ce livre s’est construit à partir des articles que m’inspirait l’actualité, sur le terrain physique de l’Intifada. J’ai une tendresse sans bornes pour la Galilée et son humilité, ses paysages, ses sources, ses tombeaux, ses paysans, et pour Le Galiléen.

 

Vous êtes donc un Palestinien d’adoption ?

Israël Adam Shamir – Tous les habitants de la Terre Sainte éprouvent le rayonnement extraordinaire de ce centre du monde. Natifs de Palestine ou immigrants, nous devons assumer loyalement ce lien vital ; les juifs y sont déjà très imprégnés du goût palestinien, et je suis entré dans l’Eglise palestinienne, qui appartient au christianisme orthodoxe, celui qui convient au monde oriental.

 

Et vous ne croyez pas que le gouvernement israélien concède un jour l’ indépendance aux Palestiniens, même sur quelques lambeaux de terre ?

Israël Adam Shamir – L’État juif refuse de se donner une constitution et des frontières, et c’est un occupant sans aucune légitimité : les Palestiniens ne sont pas dupes de leurs manœuvres de diversion. L’État juif disparaîtra dès que l’Occident cessera de subventionner systématiquement son armée, aux moyens exorbitants.

 

La troisième partie de votre livre s’intitule Les maîtres du discours. Qui sont-ils ?

Israël Adam Shamir – L’État d’Israël n’existe que pour satisfaire les projets d’un petit groupe de gens, résidant principalement aux États-Unis, qui grâce à leurs moyens financiers, imposent un discours biaisé qui ne laisse pas émerger une parole authentique. Leur but est l’emprise matérielle et spirituelle, et l’enjeu de la Palestine est vital pour eux.

 

Vous parlez du  » devoir de dire ce que l’on croit juste  » ; vous n’avez donc pas peur ?

Israël Adam Shamir – Moi, jamais ! Je suis un bon vivant et je mets ma confiance en la Mère de Dieu.

 

Mais votre spiritualité, précisément, fait que vous êtes apparemment mieux défendu par des gens de droite que par la gauche ?

Israël Adam Shamir – Les termes de gauche et droite n’ont plus aucun sens de nos jours. La guerre d’Irak a permis l’émergence d’un front où se retrouvent tous les résistants cohérents au projet israélo-américain, contre tous ceux qui ménagent les intérêts sionistes.

 

Vous ne croyez donc pas que le terrorisme soit un phénomène en grande partie islamique, et qu’il menace nos pays de culture judéo-chrétienne ?

Israël Adam Shamir – Il existe un terrorisme judaïque, celui qui est pratiqué tous les jours en Palestine, et qui fomente en secret de nombreux attentats de par le monde, qui seront attribués automatiquement à des musulmans. Nous devons absolument retrouver les bases théologiques qui unissent chrétiens et musulmans, et nous dissocier des judaïsants !

 

Vous écrivez en anglais. Etes-vous lu dans d’autres langues ?

Israël Adam Shamir – J’ai choisi d’écrire en anglais pour mieux participer à l’Intifada mondiale. Cela me permet d’être lu en temps réel sur le Ouèbe dans le monde entier, et de rencontrer ainsi très vite mes lecteurs naturels, les résistants à ce que j’appelle le ZOG, le gouvernement d’occupation sioniste à l’échelle mondiale. Mon livre est désormais traduit et publié dans la plupart des langues européennes.

 

Quelle solution prônez-vous pour la question palestinienne ?

Israël Adam Shamir – Il n’y a qu’une solution : un seul État laïque et démocratique pour tous les habitants de la Palestine historique ; actuellement nous avons, comme le dit Marwan Barghouti, un État démocratique pour les juifs, et un État juif pour les autres, c’est à dire raciste, tout simplement. C’était le modèle de l’Afrique du Sud, et on en est venu à bout. Je vous invite à participer du 23 au 24 juin à la conférence qui se tiendra à Lausanne, Pour un seul État en Palestine [voir http://www.collective-onbe-state.org et les comptes rendus qui en ont été faits sur Geostrategie.com, Ndlr]

 

L’autre Visage d’Israël est un livre qui s’arrête juste avant l’invasion de l’Irak. Quel sera le prochain ?

Israël Adam Shamir – Tout ce que j’annonçais dans ce livre a été confirmé au cours de l’année écoulée. J’y ai éclairci des points mal connus de l’histoire du sionisme et des relations politiques entre juifs et chrétiens, une tradition qui conduit les États-Unis à attaquer le monde entier, par étapes, puis au désastre, comme nous le voyons maintenant déjà en Irak. Mon prochain livre approfondit les racines théologiques de la guerre planétaire, autre domaine méconnu et censuré. L’Espagne la première a su exprimer spontanément ce que toute l’Europe rejette, et l’imposer à sa classe dirigeante. Nous vaincrons par l’esprit !

 

© Monde & Vie n°733 (17 juin 2004).
Entretien recueilli par Maria Poumier.
Première parution dans Monde et Vie, n°733, p. 21, 17 juin 2004.


 

 

Le Pin et l’Olivier  :
Les charmes discrets de la Terre Sainte

 

LLe Pin et lOliviere Pin et l’Olivier est un livre que l’on utilise comme un Road Book ; c’est un guide complet pour qui visite Jérusalem et la Terre sainte, guide qui fut d’abord rédigé en russe, pour les Russes. Du succès rencontré découlèrent des éditions en anglais et maintenant en français. Outre son activité d’écrivain, Shamir accompagne des touristes et des pélerins en Israël / Palestine. Il nous fait partager ainsi son expérience de tous les accidents du terrain, connaît toutes les cicatrices de ces lieux et répond avec sagesse et honnêteté aux questions les plus difficiles des voyageurs curieux. Ainsi la méditation poétique sur les paysages s’accompagne d’un retour historique sur les différentes étapes qu’a vécu la Terre sainte, depuis l’origine de l’humanité. La critique intransigeante de l’actualité brûlante va de pair avec des approfondissements théologiques comparatifs entre les trois religions du Livre. En outre, sur le ton de la confession voilée, Shamir, le « Khalil Gibran de notre temps », le prophète, polémiste, journaliste et érudit, laisse entrevoir le cheminement personnel qui l’a fait passer d’une identité russe soviétique au sionisme romantique puis à la construction acharnée des bases conceptuelles du seul projet qu’il entend comme déterminant pour une paix demain : un seul Etat pour tous, en Palestine-Israël. « Shamir n’écrit pas pour se mettre en valeur, mais pour nous soutenir dans nos élans les plus purs, et même quand nous ne sommes pas d’accord avec lui, nous nous sentons poussés par lui vers de nouvelles idées, meilleures que celles dont nous partions. » Michael Neumann. « C’est en tombant par hasard sur les écrits prophétiques et éloquents du dissident juif Israël Shamir que j’ai compris ce qui se passe en Palestine dans toute sa profondeur historique, et pourquoi, comme le dit John Pilger, la Palestine est le véritable enjeu majeur pour le monde. » Owen Owens.
  • [Non disponible en PDF]

Extrait

Le Pays des Collines

La source des montagnes

« L’été, notre pays se dessèche et c’est seulement dans les vallées profondes, lovées entre les montagnes, que continuent à sourdre les sources. En automne, les paysans battent les oliviers et font les vendanges. L’hiver, le désert reverdit et les Bédouins emmènent leurs troupeaux vers l’Orient. Au printemps fleurit l’amandier, et on dirait que les collines se couvrent de neige. Les rues de nos villes sont étroites, les maisons sont en pierre et les châteaux des chevaliers dominent les sommets.»

Je jette la plume, désespéré. Qui pourrait comprendre les charmes obscurs, insaisissables, secrets, de la Terre sainte que je m’apprête à décrire ? Car ce ne sont pas les sanctuaires célèbres et bien connus, où se pressent des millions de pèlerins, que je vais évoquer, mais le pays réel, pas très bien tenu, que l’on découvre dès qu’on quitte les routes principales. Qui pourrait comprendre ce que j’éprouve pour lui, la communion de mon âme avec lui, mon attachement amoureux, ma fascination pour ses oliviers, ses figuiers, ses sources, ses terrasses, ses habitants autochtones, tout cela mêlé d’un sentiment d’exotisme radical, de dépaysement, de présence temporaire ? Peut-on même l’exprimer en russe ? C’est seulement depuis peu, grâce aux efforts de Chinghiz Aïtmatov que le russe est devenu une langue universelle, capable de décrire les sentiments ordinaires des habitants de lieux extraordinaires. Je ne crois pas non plus à la communauté d’expérience quotidienne entre mon lecteur et moi, pourtant si nécessaire depuis qu’on a cessé d’écrire des livres en langues mortes et immortelles, universelles et cosmopolites; il y a trop longtemps que je vis dans ce pays où l’on mange le lotus avec du homos. Mais je ne peux pas non plus adopter une autre langue car ce serait renier une partie de mon être, celle qui est née à l’étranger et fait de moi un membre de la communauté russe de Palestine.

Car comme toi, lecteur, je suis né dans ce froid pays du seigle, de la pomme de terre et du lait, et je suis étranger au pays des olives, du raisin et des figues. Puis j’ai été un jeune parachutiste courant dans la vallée de Mardj-Sannour, balayée par les vents et couverte, à l’aube, d’un brouillard blanc semblable à la ouate blanche qui décore les maisons au Nouvel An : c’est là, derrière les barbelés d’un camp militaire, que j’ai vu un paysan labourer la terre, à la charrue.



La Bataille du Discours

 

Israël Adam Shamir est un penseur politique radical, qui nous emmène bien au-delà de la gauche domestiquée et de la droite déracinée : il démêle l’écheveau des leurres avec lesquels on prétend nous égarer, quelles que soient nos préférences idéologiques ou religieuses. L’ennemi a réussi à monter une formidable machinerie intégrée pour formater l opinion publique. Qui sont les gens qui possèdent et font tourner la machine ? S agit-il du lobby juif ? Pas exactement, répond Shamir, ce formidable lobby n est que la pointe de plus en plus visible de l iceberg… Malgré le terrorisme idéologique régnant en Europe, et particulièrement intense en France, il est possible de démanteler la mouture contemporaine de la tyrannie oligarchique, à condition d en maîtriser les rouages complexes. Et il y va de notre liberté, il y a urgence.

ELa Bataille du Discoursxtrait : Sur ce tank, photographié sur la terre irakienne, on peut lire le slogan : « Aujourd’hui à Bagdad, demain à Paris ! ». Durant la guerre en Irak, aux jours de l’opposition de Jacques Chirac à l’agression des Etats-Unis, cette animosité était très répandue parmi les Yankees : en la France, ils voyaient leur pire ennemi. Mais le pire qu’ils aient pu commettre, c’était de rebaptiser les « French Fries » (les frites) en « Freedom Sticks » (bâtonnets de la Liberté), ce qui a beaucoup fait s’esclaffer les gens intelligents. Toutefois, quelques années plus tard, ce slogan est devenu la réalité : après la prise de Bagdad, Paris aussi est tombé aux mains des forces américaines. Pour installer un fantoche américain à Bagdad, les Américains avaient dû se battre durant plusieurs semaines. Mais le fantoche américain du Palais de l’Elysée y a été installé sans qu’on ait eu à  tirer la moindre balle.

En dépit de son look de Panthère Rose, Sarkozy restera comme un des personnages les plus sinistres de l’histoire de France. La France avait été le seul pays, au monde, qui eût réussi à se débarrasser de l’occupation yankee ; c’est désormais du passé. Le Président Sarkozy a décidé de détricoter le grand œuvre de Charles de Gaulle, lequel avait réussi à chasser l’armée américaine d’occupation et à placer l’armée française sous le contrôle de la nation. Sarkozy a remis l’armée française sous la coupe de l’Otan. Il a envoyé des soldats français en Afghanistan, versant leur sang sur l’autel de la soumission à l’atlantisme. Dans un de ces discours pompeux dont il a le secret, il a juré « de ne pas livrer l’Afghanistan » [aux Afghans, j’imagine…] « Une guerre est en cours, dans ce pays – une guerre contre le terrorisme, contre le fanatisme, une guerre que nous ne pouvons pas nous permettre de perdre, et que nous ne perdrons pas ! » Il n’a fait que répéter les propos tenus par Jacques Doriot, lorsque celui-ci décida d’envoyer des ‘volontaires’ français se battre aux côtés du Troisième Reich, contre l’Union soviétique.

Alors : « Bienvenue en France occupée » ? Oh non : quelle absurdité ! La vie n’est pas si horrible : les cafés sont ouverts, les théâtres sont pleins, les Français sont libres de s’exprimer, allez-vous objecter. Mais, sous l’occupation allemande, les cafés étaient tout aussi pleins, et les Halles étaient tout aussi achalandées. Récemment, il y a eu une exposition de photos prises par André Zucca, intitulée « Les Parisiens sous l’Occupation », et cette expo nous a rappelé que le train-train quotidien se déroulait comme d’habitude, même alors. Maimonide a écrit, très sagement, que la vie continuera comme d’habitude, même une fois le Messie venu : le soleil se lèvera, puis il se couchera, les filles tomberont amoureuses, et les gars se battront.

Sans même y prendre garde, la France –et avec elle l’Europe– est passée de l’ère de la démocratie à la tyrannie du libéralisme totalitaire, fondé sur trois pouvoirs a-démocratiques et non élus –celui des banques, celui des médias et celui des juges– et soutenu par les armées et par les banques des USA. Cette tyrannie sans nom n’a pas non plus de visage : nous n’élisons pas ceux qui tiennent notre sort en leurs mains ; nous ne les connaissons même pas, ni ce qu’ils veulent faire de nous, mais nous en ressentons le pouvoir écrasant.

 

Les essais ici réunis ont été écrits principalement en Israël/Palestine, et ce lieu de leur écriture m’a rendu particulièrement sensible à un trait étrange, et quelque peu inattendu, de la nouvelle tyrannie : généralement dépourvue de tout sentiment humaniste, elle est extrêmement partiale, dès lors qu’il s’agit des juifs (en leur faveur, bien entendu). Pour un centième de ce que font les juifs, quotidiennement, les Palestiniens peuvent être affamés jusqu’à ce que mort s’ensuive, les Libanais bombardés, les Iraniens vitrifiés et les Russes ostracisés. Ce sont les hauts postes tenus par des juifs, dans les trois branches non-élues du pouvoir, qui fournissent une explication d’une telle partialité.

Les hommes politiques français le sentent bien: à chaque fois qu’un juif est blessé, tous les dirigeants politiques français se précipitent à son chevet, et des milliers d’hommes et de femmes bien intentionnés défilent, en solidarité. Si le mur d’une synagogue est sali de graffitis, le président de la République accourt, afin de faire part de sa colère et de sa tristesse. Mieux vaut nier la Création du monde et la Crucifixion du Christ que douter de la suprême importance de l’Holocauste, cette nouvelle religion élitiste et antidémocratique, fondement de l’interventionnisme et de la supériorité des riches-et-puissants. Bien que ce culte démente la soi-disant séparation de l’Eglise et de l’Etat, nul émule de Voltaire n’écrase l’infâme et, quand bien même y en aurait-il un qui le veuille, la République a de nouvelles prisons, qui valent bien celle de la Bastille.

Essayez seulement, pour voir, de formuler la moindre critique au sujet de l’apartheid à direction juive en Palestine, de ses racines historiques et idéologiques. On ne vous expédiera pas dans un camp, c’est vrai, mais on vous submergera sous les pénalités jusqu’à vous faire disparaître. Mon ouvrage consacré à cette question, The Galilee Flowers, a été publié en plusieurs langues et dans beaucoup de pays, tant en Europe qu’ailleurs. Il a été publié, également, en France, sous le titre L’Autre Visage d’Israël. Mais il n’y a qu’en France que la première édition de ce livre a été brûlée, sur les injonctions du CRIF, et que l’éditeur de la deuxième édition a été condamné à une amende d’un montant de quinze mille euros.

 

Ainsi, moi, qui suis Israélien, j’ai été poursuivi par le CRIF pour manque de respect envers les juifs, et un tribunal français a reçu la plainte transmise par la LICRA. Y a-t-il une autre communauté, existe-t-il une autre religion ou un autre groupe de personnes qui jouissent d’une telle protection ? Ne vous y trompez pas : ces jugements ne sont nullement fondés sur le droit, mais uniquement sur son interprétation biaisée. Quand un raciste antimusulman est poursuivi pour offense à l’Islam, les tribunaux rejettent, indignés, de telles plaintes, au nom de la liberté d’expression. En fait, les tribunaux ne jouissent jamais d’une totale liberté de décision : ils sont susceptibles d’accepter une plainte afin de protéger la dignité de quelqu’un, ou bien ils peuvent la rejeter, afin de protéger les libertés. Les juges sont des êtres humains : ils savent surtout ce qui est bon pour eux-mêmes. S’ils interdisaient les attaques contre l’Islam, tout en autorisant la critique de la judéité, ils pourraient probablement dire adieu à leur promotion, pour commencer… Aujourd’hui, les juifs sont dans la position de l’aristocratie sous l’ancien régime : ils sont au-dessus de toute critique et il est tout simplement inenvisageable de les mettre en cause.

 

Nombreux sont ceux qui ont remarqué les origines juives de Sarkozy. Mais cela ne veut pas dire grand-chose. Si vous voulez observer ce que sont le véritable sycophantisme et l’authentique soumission aux juifs, alors écoutez plutôt Fadela Amara, la secrétaire d’Etat française (d’origine algérienne) chargée de la Politique de la Ville*. Pour elle, seuls importent la souffrance juive, les droits juifs, la mémoire juive. Et rien d’autre ; ni les peines des Français, ni celles de son propre peuple. Elle donne de la voix pour défendre le sang de responsables juifs potentiellement déloyaux. Elle « regrette » le malheur des Algériens ou des Africains colonisés, mais « cela ne saurait être comparé » au sort des juifs. Elle hait le Hamas, le gouvernement palestinien démocratiquement élu, elle abhorre le président de l’Iran ; elle soutient les caricatures et les films antimusulmans, et se elle sent comme chez elle en Israël.

Elle vous gouverne, dans l’ombre courte Sarkozy. Un autre ministre, celui des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, fut le gauleiter de l’Otan au Kosovo occupé ; sous son administration bienveillante, des milliers de Kosovars de la « mauvaise » ethnie ou de la « mauvaise » croyance religieuse ont été chassés de chez eux, ou tués. Aujourd’hui, il vous gouverne. Sioniste et activiste droit-de-l’hommiste, il a soutenu toutes les interventions militaires fondées sur les « droits de l’homme » : bombardements de la Serbie, invasion de la Somalie, invasion de l’Irak… (Remplissez les pointillés…) Il a gouverné le Kosovo conquis par l’Otan, et il a autorisé ses chouchous, les gangs albanais, à brûler des églises et à expulser les Serbes. Aujourd’hui – normal – il soutient les plans d’attaque de l’Iran fomentés par Bush, et les projets israéliens d’étranglement de Gaza.

 

Ni Sarkozy, ni Kouchner ne seraient parvenus au pouvoir, si ces puissances non-élues que sont les médias, les banques et la justice, n’avaient pas comploté contre votre liberté, placé BHL et Finklelkraut à l’intérieur de chaque téléviseur et de chaque poste de radio, arrêté et jeté en prison des gens pensant différemment, et financé exclusivement certains projets bien particuliers, à l’exclusion de tous les autres. Il faut réinstaurer la démocratie ; les pouvoirs non-élus doivent être placés sous le contrôle des électeurs.

Ce qui se passe en France préoccupe énormément le monde entier. La France était un phare de civilisation, un bastion de culture et le pays par excellence où il faisait bon vivre. Nous, les milliards d’étrangers, nous aimerions que vous restiez à la hauteur de vos glorieuses traditions françaises. Nous en vous conjurons : ne devenez pas, à votre tour, des clones produits en masse !

 

Israel Adam Shamir

Jaffa

 

*La gauchiste (de service) de Sarkozy (extraits)

par Adara Primor, le 26 août 2008, in Haaretz (Israël)

 

Fadela Amara (43 ans), secrétaire d’Etat à la Politique de la Ville, est féministe et célibataire, militante dans l’âme et elle a l’anti-islamisme dans le sang. Bien que liée à la gauche idéologique, elle est ministre dans un gouvernement de droite…

Comme chez elle, en Israël

Amara dit qu’en Israël, elle s’est sentie, de fait, comme chez elle.

L’Holocauste : incomparable

L’Algérie : « Il est exact que mon père, né sous le colonialisme, était privé de ses droits. Il n’avait pas pu aller à l’école, et je ne peux que regretter ces « intervalles malheureux » qui parsèment l’histoire de la France. Mais il n’y a rien de commun, en cela, avec la Solution finale. Le terrible Holocauste fut l’acte le plus barbare auquel le monde ait eu jamais à faire face. Cela n’est comparable à absolument rien d’autre. Même pas au génocide, au Rwanda. »

Mais, au Rwanda, il s’agissait d’un génocide organisé, cependant ?

« Certes, mais il n’avait pas été planifié, ni mis à exécution, de la même manière, mécaniste et perverse. A mon avis, le piège auquel certains intellectuels tentent de recourir en mettant tout sur le même plan, au nom d’une sorte de compétition entre les différentes mémoires, représente le summum de l’antisémitisme. C’est là un acte d’antisémitisme de luxe… L’antisémitisme est en train de revenir, sous une nouvelle formule, dans les banlieues, où les Islamistes ont pourri le cerveau de nos gamins. Si nous avions rempli nos rôle comme il aurait fallu, et si nous avions radicalement réduit l’antisémitisme en France, y compris dans l’administration, nous n’assisterions pas, aujourd’hui, dans les banlieues, à sa forme islamiste, ni à son discours, qui a des tonalités fascistes. Tout cela, c’est le résultat de notre lâcheté, et aussi du fait que nous n’avons pas voulu l’admettre, que nous voulions ne pas savoir.

Soutenez-vous la proposition controversée du Président Sarkozy, d’assigner à chaque élève des écoles élémentaires la tâche de se souvenir d’un enfant juif particulier ayant péri dans l’Holocauste ?

« Oui. Je suis si terriblement angoissée à l’idée que cela puisse se produire à nouveau, que je ferais n’importe quoi à ce sujet. L’idée de l’adoption de la mémoire d’un enfant disparu dans l’Holocauste – peut-être pas par un élève en particulier, mais par une classe entière – est une idée qui est, à la fois, bonne, efficace et nécessaire. En particulier, aujourd’hui.

« Les gens évoquent un si grand nombre de mémoires – colonisation, esclavage, etc… Mais c’est sur l’Holocauste qu’il faut mettre l’accent, parce que nous n’en avons pas suffisamment internalisé la mémoire.

« Etant quelqu’un qui respecte la démocratie, et opposée aux forces islamistes, j’ai été très très triste, quand le Hamas a remporté les élections…

« Quoi qu’il en soit, on ne peut permettre à quiconque de remettre en cause le droit à l’existence d’Israël, comme le fait ce psychopathe de président iranien !… 

Ce « président psychopathe », comme vous dites, vous effraie-t-il ?

« Quiconque affirme ne pas avoir peur de quelqu’un comme lui est aussi fou que lui ! »

Quelle est votre position en ce qui concerne la publication de la caricature du Prophète Mahomet ?

« En tant que partisane fanatique de la liberté d’expression, je la défends. Je comprends que d’aucuns puissent avoir été offensés par cette publication, mais je ne comprends toujours pas pourquoi elle a pu provoquer un tel tollé ? »

Et vous soutenez aussi la distribution du film produit par le Hollandais d’extrême-droite Geert Wilders, qui affirme que le Coran est d’essence fasciste, et qui le compare au Mein Kampf d’Adolf Hitler ?

« Oui ! », répond Amara avec ferveur. « Je suis contre la comparaison établie avec Mein Kampf, mais j’exige qu’on me permette de combattre pour que les gens puissent s’exprimer conformément à leurs idées et à leurs croyances. »

Même s’ils ont l’intention de provoquer ?

« Oui. S’il existe des gens qui pensent que l’Islam est une religion de terroristes, je dois être en mesure de les entendre dire cela, et de leur répliquer sur ce point : c’est l’essence même de la démocratie ».

  • [Non disponible en PDF]


 

 

La Bataille de Russie

Lla bataille de russiee spectacle grandiose de l’ouverture des Jeux olympiques de Sotchi a rappelé au monde que la Russie était une grande et vieille nation, fière de son passé et ayant des liens historiques et culturels étroits avec l’Europe. Ce rappel, Vladimir Poutine l’a voulu alors que l’Occident venait de commencer en Ukraine l’une des plus grandes opérations de déstabilisation contre son pays.
Affaiblie par la fin de l’URSS, rendue exsangue par le règne des oligarques, la Russie de Poutine a relevé la tête. Par son soutien à la Syrie, par le retour pacifique de la Crimée en son sein, elle a repris sa place : non celle qui fut la sienne lors de la Guerre froide, mais celle d’un acteur incontournable dans un monde multipolaire respectueux des nations. Pourtant, c’est bien le rôle d’ennemi – ennemi de la démocratie, ennemi de la liberté, ennemi des gays – que veut lui imposer l’Occident. Mais à l’extérieur comme à l’intérieur, Poutine est fin joueur, il prend le temps de la réflexion, ménage les uns et les autres, ne répond pas aux provocations. C’est un homme de compromis, d’équilibre, entre les différentes forces du pays : communistes, nationalistes « rouges-bruns » ou libéraux pro-Occident. Mais c’est aussi un homme de conviction qui n’a pas hésité à laisser condamner les Pussy Riot, qui a réaffirmé le rôle de l’Église et de la foi comme élément de cohésion du peuple russe et qui a sans doute évité au monde sa troisième Grande guerre.
C’est par une série d’articles parus entre 2011 et 2015 que l’auteur nous brosse un tableau où l’on croise Staline, Soros et Snowden, mais aussi Churchill ou Obama, nous faisant découvrir la profondeur des luttes et des enjeux de la Bataille de Russie.
  • [Non disponible en PDF]


 

(Re)découvrir d’autres auteurs et conférenciers :